Communication interculturelle

Vivre et travailler dans une autre culture

 

Changer de pays pour travailler n'est pas d'abord une affaire de langue ni de logistique. C'est une reconstruction des repères ordinaires : comment on salue, comment on demande, ce qui est poli, ce qui va de soi. Ces choses ne s'apprennent pas dans un manuel parce que personne ne les formule.

La courbe d'adaptation

Les travaux sur l'expatriation décrivent une trajectoire assez régulière. Une première phase d'enthousiasme, où tout paraît pittoresque. Puis une phase de choc, souvent entre le deuxième et le sixième mois, où l'accumulation de petites frictions produit fatigue, irritabilité, idéalisation du pays d'origine. Ensuite un ajustement progressif, quand les routines se reconstituent. Enfin une stabilisation.

Deux enseignements pratiques. Le choc n'est pas un échec : c'est une étape attendue, et le dire à l'avance en réduit considérablement l'effet. Et le moment le plus risqué pour prendre une décision (démissionner, rentrer) est précisément celui où l'on est au creux.

Ce qui se prépare avant de partir

La langue, évidemment, même à un niveau modeste : la capacité à faire ses courses et à s'excuser change la vie quotidienne plus que la maîtrise du vocabulaire professionnel.

Ensuite les conditions matérielles, qui sont la première cause de retour anticipé : logement, scolarité des enfants, statut du conjoint. La question du conjoint est la plus déterminante et la moins traitée, un conjoint privé de travail et de réseau supporte l'essentiel du choc sans en avoir les contreparties professionnelles.

Enfin le cadre administratif : visa de travail, couverture sociale, convention fiscale, validité du permis de conduire, reconnaissance des diplômes. Ces points se règlent avant, jamais sur place.

Sur place : trois erreurs fréquentes

Rester dans la bulle des expatriés, qui est confortable et interdit toute adaptation réelle. Interpréter chaque friction comme culturelle, alors qu'une part relève des personnes et des organisations, la culture n'explique pas tout, et elle sert souvent d'excuse. Et vouloir transposer telle quelle une méthode de travail qui fonctionnait ailleurs, sans se demander ce qu'elle supposait de son environnement d'origine.

À l'inverse, ce qui fonctionne se résume à peu : trouver un interlocuteur local de confiance qui accepte d'expliquer l'évidence, observer avant de proposer, et poser les questions naïves les premiers mois, quand elles sont encore excusables.

Le retour, qu'on ne prépare jamais

C'est le point aveugle de l'expatriation. Les études convergent : le choc du retour est souvent plus difficile que celui du départ. On revient changé dans un pays qui n'a pas changé au même rythme, on a perdu son réseau interne, on retrouve un poste parfois moins large que celui qu'on occupait, et l'expérience acquise intéresse moins qu'on ne l'imaginait.

Les organisations qui traitent ce moment, entretien de repositionnement prévu 6 mois avant le retour, valorisation explicite de l'expérience, maintien d'un lien pendant l'expatriation, gardent leurs expatriés. Les autres les perdent dans l'année qui suit le retour, avec l'investissement de formation qui va avec.

management de transition

Émile Durkheim

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